Suivi environnemental et mesures d’atténuation
Suivi environnemental
L’objectif général du suivi environnemental du projet des centrales de l’Eastmain‑1‑A et de la Sarcelle et de la dérivation Rupert vise à vérifier l’évolution du milieu et l’efficacité des mesures d’atténuation afin d’apporter les correctifs nécessaires, s’il y a lieu.
Ce programme de suivi environnemental a été élaboré de manière à respecter les engagements pris par Hydro‑Québec dans l’étude d’impact et à répondre aux conditions des autorisations gouvernementales.
Passe migratoire utilisée par différentes espèces de poissons dont l’esturgeon
Dans la Rupert, les espèces les plus abondantes sont le doré jaune, le grand brochet, l’esturgeon jaune, le grand corégone, le meunier rouge, le meunier noir et le cisco de lac anadrome. Les deux espèces les plus prisées par les Cris sont l’esturgeon et le cisco. Depuis 2007, un vaste programme de suivi des poissons permet de vérifier si le débit réservé assure la disponibilité des habitats de fraie et favorise la reproduction dans le cours aval de la rivière. De plus, l’évolution des populations de poissons et de leurs habitats dans les biefs Rupert et dans le secteur à débit augmenté est régulièrement contrôlée, notamment pour le touladi, l’omble de fontaine, le grand corégone, le doré jaune, le meunier noir et le meunier rouge.
Esturgeon
Quinze frayères à esturgeon ont été recensées dans les tronçons de la Rupert touchés par le projet : deux ont été ennoyées par la mise en eau des biefs et une troisième (en aval du seuil prévu au PK 290) a été perturbée par la construction de l’ouvrage et par la diminution du débit de la Rupert. Ces trois frayères ont été réaménagées à proximité de leur ancien emplacement.
Le suivi de l’esturgeon a porté sur la dévalaison des larves et des juvéniles au printemps, sur le déroulement de la fraie ainsi que sur l’efficacité des mesures d’atténuation et de compensation mises en œuvre. À noter que l’esturgeon jaune est susceptible d’être désigné espèce menacée ou vulnérable.
Production d’esturgeons jaunes au chantier de l’Eastmain‑Sarcelle‑Rupert
Cisco
Les ciscos remontent la Rupert jusqu’aux rapides de Smokey Hill, qui sont infranchissables pour la très grande majorité des poissons. Au pied de ces rapides, les Cris de Waskaganish se rassemblent vers la fin de l’été pour pêcher les ciscos et les fumer. Les ciscos déposent leurs œufs en novembre sur le lit de la rivière (entre le PK 14 et le PK 24.) Ceux-ci se développent durant l’hiver et éclosent en mai et en juin. Les larves de cisco sont ensuite entraînées par le courant vers la baie de Rupert, où elles s’alimentent et se développent.
La frayère à cisco de la Rupert est la plus grosse frayère connue de cette espèce sur le territoire de la Baie‑James. Cette aire de reproduction a été préservée grâce au débit réservé et à l’aménagement d’un tapis en enrochement maintenant les niveaux d’eau moyens d’été. La population de ciscos de la Rupert fait l’objet d’un suivi régulier. On étudie notamment la dévalaison des larves au printemps à l’aide de filets de dérive ainsi que la distribution spatiale des géniteurs sur la frayère à l’automne.
Rapides de Smokey Hill
La création des biefs de la Rupert a entraîné la submersion d’une grande quantité de matières organiques terrestres dont la décomposition bactérienne a pour effet de libérer du méthylmercure. Assimilée par tous les organismes aquatiques, cette forme de mercure s’accumule tout au long de la chaîne alimentaire. Cette hausse prévisible des concentrations est temporaire. Un suivi de l’évolution des teneurs en mercure de la chair des poissons a été effectué jusqu’en 2021 et les données ont été transmises aux autorités responsables de la santé publique. En collaboration avec le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie‑James, Hydro‑Québec a produit un guide de consommation du poisson.
La dérivation de la Rupert a légèrement modifié les caractéristiques de l’eau, principalement dans les biefs et la rivière. La qualité de l’eau demeure toutefois excellente, ce qui assure le maintien de la vie aquatique et des différents usages de la Rupert. Un suivi régulier de la qualité de l’eau dans les rivières Rupert et Nemiscau permet de vérifier l’évolution de la couleur et de la turbidité de l’eau ainsi que des matières en suspension près des campements cris.
Échantillonnage de l’eau de la nappe phréatique
Deux écotypes de caribous morphologiquement semblables fréquentent la région touchée par les installations : le caribou toundrique et le caribou forestier, qui demeure dans la région toute l’année et utilise les habitats du secteur des biefs. Ce type de caribou, peu abondant et sensible au dérangement, possède le statut d’espèce protégée au Québec et au Canada. Un suivi a été réalisé entre 2008 et 2011 afin de connaître le nombre et la répartition des caribous pendant les travaux, sans égard à leur écotype. Les inventaires ont été réalisés en hiver, lorsque les traces laissées dans la neige par le caribou facilitaient le repérage. De l’information sur le caribou forestier a également été recueillie auprès des maîtres de trappage.
Caribou
Lors des inventaires aériens réalisés dans le secteur des biefs Rupert à l’automne 2007 avec six maîtres de trappage, 79 colonies de castors actives ont été repérées. Une dizaine d’ours ont aussi été observés. Les maîtres de trappage ont poursuivi le programme lancé en 2007 et déplacé les animaux au besoin, afin d’éviter qu’ils ne soient piégés par la mise en eau des biefs.
Castor
La petite faune comprend notamment les espèces suivantes : la martre, le lièvre, le vison, le porc‑épic d’Amérique, la loutre de rivière, le renard, l’écureuil roux, le lynx du Canada, le tétras du Canada et le lagopède des saules. Quatre ans après la mise en eau des biefs, on a réalisé un inventaire aérien hivernal des pistes de la petite faune dans les nouveaux milieux riverains des biefs et de la Rupert afin d’évaluer l’utilisation de ces habitats.
Après la dérivation de la rivière Rupert, un suivi de la colonisation des rives des biefs par la végétation ainsi qu’un suivi de l’évolution de la végétation riveraine et aquatique ont été effectués sur le tronçon aval de la Rupert, dans l’estuaire et dans la baie de Rupert. Une attention particulière a été portée aux espèces floristiques à statut particulier telles que la gratiole dorée (Gratiola aurea) et l’épervière de Robinson (Hieracium robinsonii).
Un suivi des herbiers de zostère marine sur la côte nord‑est de la baie James a également été réalisé. Ces herbiers, dont le déclin a été constaté en 1999, constituent des habitats très recherchés par la sauvagine et servent d’abri aux poissons de petite taille. L’évolution de cette plante, dont le rétablissement dans le milieu s’est amorcé en 2000, a été vérifiée entre 2009 et 2019.
Suivi de la végétation
Comité scientifique
En 2009, avant la mise en exploitation de la dérivation Rupert, Hydro‑Québec a formé un comité scientifique responsable du suivi du régime des débits réservés afin de respecter les conditions 4.2.2.2 et 4.2.3.3 de l’autorisation délivrée en vertu de l’alinéa 35(2) de la Loi sur les pêches. Ce comité prend connaissance du contenu des études suivantes et émet des recommandations en fonction des résultats :
- Dérive larvaire de l’esturgeon jaune
- Cisco de lac anadrome de la Rupert
- Fraie des espèces cibles sur les sites modélisés
- Suivi des juvéniles des espèces cibles
Autorisations gouvernementales
Fin des négociations relatives à la Convention Boumhounan
La Convention Boumhounan
L’étude d’impact sur l’environnement et son complément (publiés respectivement en 2004 et en 2005), les certificats d’autorisation de construction délivrés par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCP) (à l’époque ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs ou MDDEP), Pêches et Océans Canada (MPO) et Transports Canada (TC) ainsi que la Convention Boumhounan ont fourni l’encadrement de base pour élaborer un programme de suivi environnemental ainsi que des mesures d’atténuation s’échelonnant sur 16 ans.
En conformité avec les conditions des certificats d’autorisation, le contenu de l’étude d’impact et les prescriptions générales de la Convention de la Baie‑James et du Nord québécois (CBJNQ), Hydro‑Québec a mis en œuvre un programme de surveillance et de suivi environnementaux ainsi qu’un ensemble de mesures d’atténuation. La Convention Boumhounan contient en outre diverses mesures visant à réduire les impacts du projet sur les communautés cries et précise le mode de coopération entre les Cris, Hydro‑Québec et la Société d’énergie de la Baie James (SEBJ).
Composantes du programme de suivi
- Milieu physique : hydrologie et hydraulique, géomorphologie, régime thermique, couverture de glace et qualité de l’eau
- Milieu aquatique : populations de poissons, habitats et aménagements piscicoles
- Milieu terrestre : végétation et faune terrestre, semi-aquatique et aviaire
- Milieu humain : environnement social et culturel des communautés cries, santé publique et mercure, utilisation du territoire, navigation, paysage, activités récréotouristiques et retombées économiques
Mesures d’atténuation
Hydro‑Québec a élaboré des mesures d’atténuation afin que la construction du complexe de l’Eastmain‑Sarcelle‑Rupert s’intègre le plus harmonieusement possible dans son milieu.
- Avant la mise en eau, plus du quart (51 km2) de la superficie des biefs Rupert a été déboisé afin de faciliter la navigation, l’utilisation du territoire et l’écoulement de l’eau.
- Les travaux de déboisement, effectués entre 2007 et 2009, ont été réalisés par des entreprises cries et des maîtres de trappage.
Rivière Rupert, portage du PK 31
- Environ 45 000 m3 de bois marchand ont été récupérés dans les biefs Rupert. Conformément à la Convention Boumhounan, ce bois récupéré a été remis gratuitement à la scierie des Cris de Waswanipi.
- On a également récolté 10 000 m3 de bois marchand dans les aires de travaux situées à l’extérieur des biefs.
Dans le tronçon estuarien de la Grande Rivière, le changement de régime hydrologique causé par la dérivation Rupert aurait pu accentuer le phénomène d’érosion qui touche déjà les rives de cette partie de la rivière. Pour prévenir les effets d’une telle érosion, des travaux ont été effectués au pied du talus de la rive gauche, dans les zones à risque, entre 2007 et 2009.
- L’ensemencement en graminées de près de 400 hectares de berges exondées à l’aval du barrage de la Rupert, principalement par voie aérienne, a permis de freiner sensiblement le processus d’érosion et d’améliorer le potentiel faunique des berges.
- Les travaux ont eu lieu après la dérivation de la Rupert, en 2010 et en 2011.
À Waskaganish, des enrochements ont été mis en place afin de stabiliser un tronçon de berge en amont et en aval de la prise d’eau du village. Ces travaux ont été réalisés en même temps que la construction de la nouvelle usine d’eau potable.
Protection des berges au seuil du PK 170
Depuis 2009, le village de Waskaganish, qui puise son eau à l’embouchure de la Rupert, est équipé d’une usine d’eau potable qui répondra aux besoins de la population sur un horizon de 20 ans.
- Les aires de travaux temporaires, par exemple les chemins, les sablières et les carrières, ont été restaurées au fur et à mesure de leur désaffectation. Cette opération s’est faite en plusieurs étapes : nettoyage, nivellement, stabilisation des pentes, scarification des sols compacts et rétablissement du drainage naturel.
- Les aires restaurées ont ensuite été végétalisées par ensemencement hydraulique en plantes herbacées, en graminées et en légumineuses sur près de 390 hectares.
- Plus de six millions d’arbres et d’arbustes, principalement de l’aulne crispé ainsi que du pin gris et de l’épinette noire, ont également été plantés.
- Dans certains cas, des aires pour la chasse à l’oie ont été aménagées, de concert avec les utilisateurs cris.
Plantation sur le chantier de la dérivation Rupert
- Après la mise en eau des biefs, des débris ligneux sont remontés à la surface et se sont déplacés au gré des vents et des vagues pour s’échouer sur les rives ou au fond des baies.
- Un suivi effectué de 2010 à 2015 a permis de caractériser les déplacements et les accumulations de débris ligneux.
- Un programme de ramassage, réalisé en collaboration avec les maîtres de trappage, a permis de faciliter la navigation, principalement dans les secteurs visés par le déboisement.
Les biefs Rupert ont été survolés en hélicoptère durant leur mise en eau afin de repérer et de surveiller les endroits où les animaux pouvaient se réfugier, par exemple les îles temporaires. Au besoin, les animaux en détresse ont été capturés, puis déplacés avec l’aide des maîtres de trappage.
Plus de 30 espèces d’oiseaux se partagent les habitats aquatiques et forestiers qui s’étendent de la baie de Rupert jusqu’au secteur des biefs. On y trouve plusieurs espèces rares ou des espèces à la limite de leur aire de répartition : râle jaune, barge marbrée, grue du Canada, mouette pygmée, pygargue à tête blanche et bruant de Nelson. On a dénombré 3 espèces d’oies et 27 espèces de canards. En 2003, on a confirmé la nidification de la barge marbrée pour la première fois au Québec. Hydro‑Québec a pris des mesures pour atténuer les répercussions des biefs sur l’habitat de plusieurs groupes d’oiseaux.
Étangs pour la mouette de Bonaparte
Bien que la mouette de Bonaparte soit un oiseau aquatique, elle niche dans les arbres. Construit dans une épinette noire ou un mélèze, le nid est composé de rameaux, de brindilles, de mousses et de lichens. L’espèce peut se reproduire en petites colonies de 4 à 20 individus. Les jeunes quittent le nid vers l’âge d’une semaine et complètent leur croissance sur un étang voisin. Des mares ont été excavées dans une tourbière boisée du bief aval pour permettre l’établissement de couples de mouettes de Bonaparte. Un suivi a permis de vérifier l’utilisation de ces aménagements.
Plateformes de nidification pour la chouette lapone
La chouette lapone ne construit pas de nid. Elle emprunte ceux d’autres oiseaux de proie ou s’installe sur la tête aplatie de gros arbres. En Finlande, on l’a même vue nicher sur le toit d’une grange. Au Québec, seulement trois nids de chouette lapone ont été découverts. Cinq plateformes artificielles ont été installées sur des arbres en bordure des plus grands milieux humides afin de favoriser la nidification de la chouette lapone dans les biefs Rupert. Un suivi a permis d’en vérifier l’utilisation.
Inventaire des oiseaux
Des inventaires ont été réalisés entre 2007 et 2021, le long de la rivière Rupert, dans le secteur des biefs et dans des parcelles témoins afin de suivre l’évolution de la population de la sauvagine, des oiseaux de proie et des oiseaux forestiers. De plus, des inventaires ont été effectués entre 2012 et 2016 dans le bief Rupert aval et les îles du lac Nemiscau afin de recenser les nids de hibou des marais. De l’information a également été recueillie sur l’utilisation des biefs Rupert, du réservoir Opinaca et des lacs Boyd et Sakami par la bernache du Canada en période de migration et de mue.
Epi sur la rivière Rupert
Bilans environnementaux annuels
Les bilans environnementaux portent sur les activités environnementales liées au complexe de l’Eastmain‑Sarcelle‑Rupert. Ces activités environnementales découlent des autorisations provinciale et fédérale obtenues en 2006 et en 2007 ainsi que de la Convention Boumhounan, qui précise le cadre de construction des installations. Chaque bilan présente les rubriques suivantes : programme de suivi environnemental et des mesures d’atténuation, savoir cri, suivi environnemental, mesures d’atténuation, surveillance environnementale, autorisations gouvernementales, comité scientifique, Convention Boumhounan et activités à venir.
Consulter le programme de suivi environnemental 2007-2023 [PDF 1,99 Mo]